lundi 29 août 2016

Chaos brillant





Quel plaisir que d'ouvrir enfin mon Chaos brûlant ! Cet O.L.N.I (objet littéraire non identifié, même par la sagacité des lecteurs les plus avertis) de 403 pages n'en a pas fini de faire couler l'encre des admirateurs et des jaloux.

Son auteur est le grand Stéphane Zagdanski. Je le recommande à chaque francophone avide de connaître ce qui se fait de mieux dans notre pays, littérairement parlant. 

S.Z., créateur érudit zozotant avec passion dans son atelier de peintre et d'études talmudiques, peignant sur de magnifiques indigènes nues comme jadis Yves Klein barbouillant ses modèles, fascine les internautes. Le physique de notre auteur fait immanquablement penser à un croisement de Roman Polanski et d'Henri Guybet, avec quelques traits de Daniel Ceccaldi, le père de la Christine des films de Truffaut. La physiognomonie nous donne le profil d'un type doux à la Tati, observateur et méditatif, qui ne délaisse pas les joies de la chair avant d'écrire. Une certaine composante narcissique se dégage de ce regard, mais elle est propre aux écrivains et quand elle est justifiée par la présence du talent, on la pardonne volontiers.

Essayons d'esquisser une table de comparaison pour nous orienter dans ces remarquables feuillets. Chaos brûlant est à la fois:

- une Maison des feuilles française relatant les aléas de l'économie mondiale.

- une histoire littéraire de d'argent (mais plus romanesque que celle de César Rendueles, cet illustre inconnu en sol français)

- un musée d'excentricités décadentes

- une "Encyclopédie critique en farce" (expression de Flaubert qui qualifiait ainsi son Bouvard et Pécuchet)

- un comic-romance farfelu à la Fielding

- un humoreszk hongrois propre au style du merveilleux Frygies Karinthy

- un roman picaresque politique et cybernétique pour "alter-dingos"

- une fresque post-exotique volodinienne

- un biopic fragmenté

- un entremêlement de langues (jusqu'à l'inuit y est pris en considération sur une liste de trois pages) et de voix, sans formalisme facile.

En un mot, Chaos brûlant est un magma d'érudition et de langage foisonnant, incontournable en nos temps de disette intellectuelle à la sauce Twittbook. 

Il s'agit aussi, et on l'oublierait presque, du compte-rendu poilant de l'affaire DSK, en un style à la fois classique et joliment pamphlétaire, qui sert de prétexte à une virée au sein de notre modernité. Les portraits au vitriol de Chouchou Sarkozy (mais quel con!) ou du propre DSK par des chamanes agités du bocal valent le détour. On y apprend surtout quantité de choses, du marketing de Bernays à la rencontre de Daguerre et de Morse. Ce livre enseigne et renseigne.

C'est pour cela qu'on l'étudiera bientôt, n'en doutons pas, dans les collèges et les Alliances françaises, puisque les facultés, emplies de sinitrose rébarbative, ne font plus le boulot.

Les quelques bémols que j'offrirais (une petite allusion tautologique à l'effarante médiocrité de Bush, la rencontre de Picasso et d'Anne Saint-Clair et l'analyse poussive qui en découle) sont bien peu de choses pour ternir une oeuvre remarquable.


Ce roman possède enfin un intérêt majeur en ce qu'il préfigure l'étape pictographique de Zagdanski : ce projet-là, l'ultime, il l'a appelé Rare, du latin rarus, disséminé. Un livre écrit en anglais sur la face du monde entier, fragmenté en de multiples brisures, à l'image de notre époque, qui ne tient pas dans une seule définition, dans un seul concept précaire. Je fis référence il y a quelques mois à cette oeuvre révolutionnaire, dont les pages sont distribuées sur les diverses faces du globe en différents supports, et qui méritent l'attention de chacun.


(sur ce lien, le site de Stéphane Zagdanski)

Etienne Milena, Cadiz, le 29 août 2016



Les burkinuls






Le burkini sur les plages pose des problèmes à l’Hexagone. Pendant que leurs voisins italiens comptent leurs morts par centaines, après le séisme d’Alatrice, les Français en restent une nouvelle fois à des affaires de fringues. La conclusion est la suivante: il est impossible de se dorer la pilule sous les auspices d’Allah en toute impunité. On se taxe de fachos ou de progressistes délirants entre voisins, à la moindre incartade des uns et des autres. Bref, sale ambiance en perspective... Il ne manquerait plus que des familles entières de Roms ou de réfugiés kosovars s'agitent entre les hordes de touristes et le tour sera joué pour vous plomber les vacances. Ou encore que la mignonne Nadège Vallem-Benkaso sorte de son ministère en burqa sous les huées des badauds.

Sur le sable fin et les galets, les estivants s'ennuient à en crever, c'est le fond du problème. Les sudokus et les blagues potaches ont fait leur temps. Et les mioches, même sous un soleil de plomb, ne se calment pas. Que faire face à cette considérable masse d'eau stagnante, cette gigantesque flaque à voiliers s'étendant sur un horizon immaculé qui fit dire à Fellini qu'il lui préférerait même une version en carton-pâte ?

Homme libre, longtemps tu chercheras quoi faire devant la mer... Et l’hystérie qui naîtra de ta morbidité affective augmentera sans doute avec les arrêtés préfectoraux.

Un problème qui, sauf votre respect, n'en est pas un

Il convient d'abord de rappeler certains faits: d’une part, il n’est nullement fait mention au burkini dans le Coran ni dans les haddiths. Les salafistes, quand ils sont intéressés par le fait religieux (ce n'est pas gagné...) plus que par le dernier navet de Chuck Norris, prônent plutôt la claustration de leurs femelles reproductrices dans leur F3 de banlieue, dans des tâches de confexion de couscous et autres exercices quotidiens qui servent davantage leurs combats qu’une combinaison de plongée sous-marine vaguement mystique. « C’est symbolique, c’est symbolique! » entend-on sur les forums. Un Macdonald’s planté au sein des centres historiques est-il moins symbolique, de même qu'une rue jadis médiévale transformée en conglomérat de drugstores et de boutiques de lingerie fine ?

Du reste, le Dieu des strings, l'espagnol Amancio Ortega, première fortune au monde, a bien raison de profiter de l'argent et des lubies de ces belles dames. Qui n'en ferait autant? Vive la libéralisation par le tissu ! C'était déjà le cas dans les temps renacentistes, quand les Pays Bas bourguignons puis les Anglais jouissaient d'un véritable monopole en la matière. Et ce n'était pas un mal... Quel spectable équivaudrait à la contemplation des ourlets des toiles de Van Eyck, de ses soies brillantes, de la sensualité de ses drapperies aux motifs infinis? Sans ce commerce, nulle Renaissance artistique flamande n'aurait fleuri. C'est plus tard que le bas a blessé! Stockings bless you, en mauvais anglais! L'industrie du textile est devenue la plus polluante de l'Histoire, déversant scrupuleusement, en guise d'offrande coloniale, ses colorants et produits chimiques dans des égoûts délocalisés. Les rivières sont devenues phosphorescentes comme les veines d'un junkie en fin de parcours. L'industrie en question fut également le moteur de la traite négrière, car la culture du coton et de l'indigo, qui donna sa couleur au blue jeans, nécessita une main-d'oeuvre gratuite à grande échelle et tout un charivari transatlantique sous la forme du commerce triangulaire.

Non, si cet uniforme anti-UV teinté de religiosité pose problème, c'est qu'il n'aurait pas reçu l'aval de la multitude et de ses représentants. À quand un référendum sur la question? On en est dans de sales, de draps... mais ne filons plus de métaphore et retournons-en à notre analyse.

Cette antiburkomanie pâlote est d'abord une affaire politique, soit. Dire que la gauche se soumet à une quelconque chariah est pourtant un contresens. D'abord, je l'ai dit, parce que ce burkini est une mixture nouvelle, un objet-valise post-moderne de plus à mettre dans l'escarcelle des nouvelles Mythologies. D'autres combinaisons communautaristes sont d'ailleurs à prévoir comme le Coca Cohalal, le Red-Bouddha, le Burger-Yi-King, le chocolat Milkacher, ou encore l'Évangélatine, pour pâtisseries new-borns méthodistes, équivalent du space-cake des hyppies. La Redoute veut continuer de vendre ses frusques aux musulmans, voila tout.

Comme le sus-dit catalogue, le PS propose son tissu idéologique aux chalands adeptes d'Allah. Tactique du rameutement propre au racolage électoral, à la logique imprésariale, utilisée dans toute grande corporation qui se respecte. Le procès peut être fait dans l'autre sens puisque leurs opposants misent sur le vote des français de souche lepenisés, prêts à lapider le premier barbu sorti du minaret si les ordres leur en étaient donnés, et à crier avec les Corses extrêmistes : "Arabi Fori!", comme au temps-jadis où il était de bon ton de casser du bicot dans une optique de rasainissement social.

Parler de politique, c'est décidément tomber bien bas.

Pour des raisons esthétiques, je déplore que des femmes, parfois superbes, puissent être burkinisées contre leur gré. Passons pour les boudins et les poilues qui ont le temps de se convertir à l'hédonisme des foules. Il faudrait défendre en tout cas celles qui sont empêchées de sortir de chez elles par des maris fanatiques... Enfermer ces derniers dans des fabriques de soutiens-gorges au Bengladesh, au sein du grand califat d'Inditex, telle serait l'une des solutions à privilégier. Et en fait de contraventions, si les pervenches sont lâchées en vue d'une récolte de fonds publics (avec les burkinis, on n'irait pas loin...), il faudrait appliquer ces mêmes procédures aux bonnes soeurs, aux hommes-grenouilles, ou encore aux kowietiennes sortant des palaces de la Côte d'azur, dont l'unique passe-droit est la carte de débit des fortunes de leurs époux, lesquels, visiblement, ne suscitent qu'un faible intérêt chez les flics et les diplomates de ce bon pays.



Etienne Milena, le 28 août 2016

lundi 22 août 2016

Antitweet 80



Souvent, les auteurs parlent mieux de ce qu'ils ignorent en partie. La maîtrise approfondie d'un sujet ennuie. Les limites assumées de notre propre perception sont plus utiles à l'éloquence que les limites du ressassement des formules et des mêmes pans de pensée, lesquels reposent d'ailleurs sur une erreur. Personne, en effet, ne maîtrise assez un sujet pour pouvoir prétendre en être l'unique dépositaire.

Etienne Milena ©

Antitweet 79


La mort, cette victoire de la forme sur le fond.

Etienne Milena ©

mercredi 3 août 2016

D'Adolf Hitler à Moussa Sissoko




Zigzaguant de blog en blog, à mes heures perdues, lorsque la zone wifi de ma terrasse me le permet, je passe parfois de bons moments en voyant le sort que se réservent les amis de jadis, dans le monde des Belles Lettres de mon pays. La haine est palpable dans les posts échangés à intervalles réguliers entre les anciens complices, et là où la loyauté de l'amitié cybernétique se jurait d'être éternelle, par renvois d'ascenseurs et clins d'oeil interposés, ce sont à présent des pelures d'oranges dialectiques qui servent de monnaie d'échanges à nos escogriffes endoloris.

Rien de plus intéressant que ces amitiés stériles qui finissent par s'opposer, montrant sur quelles sinistres illusions elles prétendaient s'élever.

Alors, les rapports de domination s'inversent. L'ancien ami engage le nouveau rival dans un processus destructeur, fait d'escarmouches et de quenelles à foison, qui me rappelle à quel point Baltasar Gracián a raison dans son Oraculo manual, 217, quand il écrit (traduction d'Amelot de la Houssaie) :

"Vis aujourd'hui avec tes amis comme avec ceux qui peuvent être demain tes pires ennemis. (...)"

Et ce n'est pas si difficile. L'indifférence demeure une solution de change à laquelle on devrait ajouter une certaine bienveillance de fond, bonne pour les tripes.

Dans trois jours débutent les Jeux. Homo ludens sera en folie. La torche arrivera à destination prochainement. Ce relais flamboyant entre coureurs issus de diverses contrées est l'invention d'Hitler, ce grand admirateur de Sparte. La tradition, bien accueillie par Coubertin, a perduré, au-delà des Jeux Olympiques de Berlin. Ces derniers furent d'abord défendus par Goebbels, car Hitler les envisageait comme une orgie judéo-nègre de plus. Mais le propagandiste ne tarda pas à convaincre le Führer de cette opportunité d'enseigner au monde la supériorité des Aryens. On sait ce qu'il en fut, de l'élégance des foulées de Jessie Owens (traité comme le dernier des criminels par les États-Unis à son retour) à la victoire de la juive hongroise Ibolya Csák. Dans ta gueule Moustache! On ne refait pas l'Histoire.

B. me parle souvent de sa sensation de vivre dans un pays fasciste, lorsqu'il allume sa télévision et passe cinq chaînes retransmettant des parties de football. Je ne peux pas lui donner tort. L'émergence des nazis doit beaucoup au sport. LTI, la langue de l'Empire, parle par exemple de la constante comparaison faite par les nazis avec les coureurs automobiles. Aujourd'hui encore, l'absence de jugement au sein des masses, leur adhésion à de nouveaux plans de manipulation, est garantie par le spectacle des stades, des chorégraphies entre supporters, ces pendants grégaires des rixes et des mises-à-mort entre hooligans.

Abellio descrivait le football comme "un sport d'automates", au contraire du rugby, qu'il pratiquait. Je remarque que les nations historiquement les plus fortes en football, sont en effet des anciennes dictatures. L'Italie, l'Espagne, le Brésil, l'Allemagne, l'Argentine sont des références. La France l'est devenue également, au moment où elle recueillait les fruits d'une forme de dictature suprématiste: l'expansion coloniale.

Le profit des joueurs arabes, antillais et maliens permit aux français abonnés à la défaite de palier à leurs manques physiques. Après la soumission (héritée par les nouveaux expatriés français du Calcio italien), l'autre aspect hérité des systèmes dictatoriaux fut en effet le culte du physique: la masse musculaire africaine fut cette option choisie par le pouvoir.

Pensez à quoi ressemblerait l'équipe nationale sans ce splendide athlète nommé Moussa Sissoko!

Ce lien entre football et dictature, s'explique d'autre part, par le fait que le football ne demande la présence sur le terrain que de peu d'imagination et d'esprit d'initiative. Un seul créateur, le 10, surnage. Les autres obéissent aux plans militaires du maître à penser, l'entraîneur-caporal chef.


Enfin, mais je l'ai déjà souligné, comme émanation fasciste, le football se dirige à l'imbécillité collective, au même titre que les corridas. Les gradins remplis d'une populace délétère, cherchant l'affrontement ou l'aboutissement d'un certain modèle de reproduction sociale dans la distraction, permettent par la même occasion d'offrir un emploi à l'ensemble de cette corporation délirante qui fait feu de tout bois: les journalistes sportifs, dont la plume semble à la mesure de cette abominable liesse.

Pour toutes ces raisons, si je me dirige avec circonspection vers les cercles de la culture, je n'ai pas de prédilection particulière pour les amateurs de ce sport,qui sont en général de sexe masculin et d'une culture grossière.

lundi 1 août 2016

Un Ciné-club






B. et moi, avons monté un Ciné Club dans son appartement, avec deux invités de choix pour nos deux premières sessions: nos pauvres personnes. Le premier film, de très bonne facture, a été le choix de B. qui n'a jamais eu de cesse de me dire qu'il s'agissait d'un peliculon, à savoir d'un grand film qu'il fallait me montrer: L'exorciste. J'ai cru noter l'influence de la Nouvelle Vague dans l'intérêt porté par le réalisateur aux menus détails du quotidien, et le scénario m'a semblé un travail digne d'intérêt. Nulle daube hollywoodienne à la vue cet après-midi-là, ni de peur distillée pour un public amateur d'émotions factices. L'attaque au puritanisme américain est édifiante, constante. La critique antipsychiatrique reste inscrite en filigrane également. Quant à la construction narrative, je fus saisi par la dernière scène, triangulaire, déconcertante car déliant en une chute vertigineuse tous les noeuds de la trame. Je n'ai pas trouvé meilleur dénouement depuis le développement des photos de l' Ascenceur pour l'échaffaud, vu le mois dernier. Le curé qui appelle à lui le diable et se jette ensuite par la fenêtre m'a semblé une image puissante du sacrifice et de la résolution d'un problème majeur par delà bien et mal.

Le deuxième film, que j'ai moi-même choisi est Welcome to New York d'Abel Ferrara. Tourné en dix-huit jours, il traite de l'affaire DSK, sans plus de concessions à la morale publique. Dès les premières scènes,ce film pornographique de bon aloi se mue en une pièce shakespearienne. Au dernier MacBeth, si publicitaire et ponctué de séquences surjouées par une Marion Cotillard glaciale, Ferrara ajoute une mise en scène bricolée et tremblante, mais foncièrement juste. Depardieu se fait sucer par quantité de whores voraces et organise des agapes orgiaques avec ses camarades du FMI dans des lugubres palaces. Les plans de caméra font penser à des screeners achetés sur des marchés de contrebande turcs. Ils nous montrent Depardieu geindre et grimacer, faire des blagues salaces à son gendre. Il s'agit d'un voyage dans l'immondice qui exige une grande part de négligence. Le contraire eut été irreçevable.

Jacqueline Bisset et Depardieu portent des dialogues souvent improvisés. Parfois il radottent et cela irrite un peu, convenons-en. Mais le reste vaut le détour. Je transcris le monologue final de Dévereaux, ponctué d'un travelling montant sur un building, dans la nuit newyorkaire, puis d'un bref échange avec la nouvelle bonne hispanique. Le voilà, Depardieu parle en français, sur des images de manifestantes noires entrant dans une fourgonette:

"Depuis mon enfance, mon esprit a été rincé, rincé par mes parents, par mes professeurs, mes supérieurs au travail. J'ai de la chance. Je ne suis pas chrétien. Mais j'aimerais dire ça: quand je mourrai, je viendrai embrasser le cul de Dieu pour toujours. J'ai trouvé mon Dieu. Toi. Mon premier Dieu, non, je ne l'ai pas trouvé à l'Église, mais dans une salle de classe: c'est l'Idéalisme. Quel Dieu magnifique! Croire que tout irait bien. J'étais dans ce temple qu'est l'Université, d'abord comme étudiant, puis comme professeur, et je me suis laissé envelopper de cette lumière creuse, oui, la Justice. Nous devions redresser tous les torts. La faim dans le monde? Non, tout le monde mangerait à sa faim. La pauvreté? Un souvenir lointain dont l'existence serait difficile à même imaginer. La richesse serait distribuée, à chacun selon ses besoins. (...)"

La réaction des spectateurs français, que j'ai pu lire en partie sur Allocine, site qui possède cet avantage de livrer aux spectateurs quantité d'informations et d'anecdotes de tournage, ont été incendiaires. Faute de critique journalistique sérieuse (le film a été boycotté par la France), ce sont les non-moins-incompétents-exclus-de-la-corporation-graphomane qui ont eu cette fois leur mot à dire. Et là... Ce fut terrible et plus éclairant sur l'état de la France que le moindre sondage IFOP à grande échelle.

Que Welcome to New York ait été interdit de salles n'est pas surprenant, l'État exercant son travail de censure préalable à la bonne marche de la société. C'est là le rôle des institutions de caviarder ce qui peut déplaire aux pouvoirs en place, de passer sous silence ce qui est susceptible de troubler l'ordre des idées publiques, de la distraction commune. En revanche, que 2500 consommateurs anonymes s'organisent bénévolement et à l'unisson pour défier le talent de Ferrara et consors, cela relève du flicage empreint de moraline, à la mesure des liliputiens qui composent ce beau pays.


Inutile d'ajouter que B. a adoré ce film et trouvé qu'il formait, avec l'Exorciste, un dyptique cohérent. Nous organiseront prochainement d'autres sessions de Ciné-Club, des séances qui me rappeleront peut-être mes virées au cinéma Cujas ou sur la rue Mouffetard, dans des petites salles fréquentées par quelques irréductibles au coeur de froids après-midis. Un débat avec un public choisi, de préférence féminin, pour éviter les combats de coqs, serait souhaitable. Je lui ai proposé de continuer par un cycle de cinéma tchèque, des Petites Marguerites aux films d'animation de Jan Svankmajer.