samedi 31 décembre 2016

Antitweet 99


Another self - Chez le pessimiste, on peut facilement concevoir la contradiction du non-suicide, les mots étant alors d'un grand secours pour échapper à l'extrémisme de l'action. En revanche, son désir vivace de paternité au sein de sa vallée des larmes ne se laisse pas expliquer si facilement.



Etienne Milena ©

mardi 27 décembre 2016

Antitweet 98



Les dons de surmenage et d'indisponibilité sont les premières marques de l'inactivité. On reconnaît un oisif à son planning surchargé.

Etienne Milena ©

lundi 26 décembre 2016

Antitweet 97



Dévolution chrétienne - L'absence d'inspiration s'en remet toujours à de vieilles douleurs surexposées, brandies comme des émanations de la profondeur au sein du marché aux cicatrices.



Etienne Milena ©

dimanche 18 décembre 2016

Antitweet 96


À voir tant de génies au bord du suicide, on remercie la nature de nous avoir offert le confort de nos propres limites.

Etienne Milena ©

Antitweet 95


De moi à toi, il n'y a qu'un pas, qui, une fois franchi, nous éloigne à jamais.

Etienne Milena ©

mardi 13 décembre 2016

Antitweet 94


Au supermarché - Le garçon-boucher colle des étiquettes pour les autres, imitant l'idéologue.

Etienne Milena ©

mardi 6 décembre 2016

Nihil nove sub sole






Ce matin, j'ai imaginé une chaîne de télévision qui informerait la population avec neutralité - fantasme gratuit, inepte par son irréalisme de fond. Cela nous donnerait une sorte de medley concocté par un Dieu lassé de mentir. Tout commencerait par une petite mise au point concernant la guerre en Syrie. On parlerait d'Alep, la ville la plus peuplée du pays, qui n'intéresse que médiocrement le public occidental (alors que la moindre bombe sur Gaza fait sursauter les antisystèmes monomaniaques, lesquels, pour la plupart, d'ailleurs, ne sauraient pas situer sur une carte les territoires qu'ils défendent).

Il faut dire que ce qui se joue à Alep, au-delà d'un massacre peu télégénique, c'est une affaire de tuyauterie. Celui qui contrôlera Alep contrôlera les futurs oléoducs. La Russie s'engage davantage à l'Ouest pour réduire le champ d'action des américains qui sévissent à l'Est du pays. Raqqa,  Idlib, l'importante Manbij, Deir ez-Zor, Abu Kamal, Ayn Issa, Al-Bab: autant de sites stratégiques auxquels s'ajoute Alep, la capitale économique,  point culminant de ce parcours de l'or noir. L'idée est de relier l'Irak à la Turquie. Pour les bélligérants, l'extermination raisonnée de la population n'est qu'un dommage colatéral de plus. Un incident de parcours au sein du grand chaos. Comme ces crocodiles du Mara qui se contentent de simuler l'assaut devant les troupeaux de gnous, pour créer la panique et se servir aisément  dans les remous du fleuve. Stratégie du prédateur inhérente à notre condition de singe nu.

Le dernier drone ayant filmé Alep nous montre un champ de ruine digne de la Route de Mc Carthy. Son survol d'un cimetiere est édifiant, dans la mesure où on ne distingue pas les tombes des bâtiments voisins, totalement soufflés. Parfois, une sorte de fourmi sort d'une de ces ruines, rôde autour d'une flaque, court se cacher dans les décombres. Un bulldozer irréductible râcle les sols, creuse un trou et de là-haut il ressemble à un coléoptère en train de pondre dans la boue.

Puis la chaîne de télévision parlerait de Rob Greenfield, activiste américain, qui multiplie les efforts pour rendre son pays vivable. D'abord en plantant des potagers urbains pour les obèses des bas-quartiers (les habitants de Harlem vivent moins longtemps que ceux du Bengladesh, dixit Stiegler). Puis en offrant son temps au camp de Sioux de Standing Rock, dans le Dakota du Nord, qui a obtenu gain de cause devant le projet d'oléoduc de Dakota Access Pipe Line financé par des banques françaises.

Au rayon des sports, la chaîne parlerait de l'insupportable stupidité des supporters de football, qui chérissent des évadés fiscaux plus que leurs propres enfants. "Cristiano! Cristiannnoooo!" Comme s'il n'y avait pas de plus grands hommes que ces benêts frénétiques courant sur du gazon...

On finirait par un reportage retrospectif sur l'oeuvre de Khadafi, de ses services à Sarkozy, de la page hagiographique du Figaro qui rassurait jadis les lecteurs inquiets quant au bien fondé de la visite du Commandant en 2007. De l'assassinat du dictateur sous les conseils d'un entarté aux longs bras quelques années plus tard. On nous expliquerait enfin que l'Otan ne supportait pas l'idée que ce dictateur patenté (quand le roi de l'Arabie Saoudite est un philantrope) fasse cavalier seul et puisse être, à la tête du grenier auto-suffisant de l'Afrique décolonisée, grâce à GMR, Great Made River, son grand projet d'irrigation dans le Sahara. L'infâme n'obéissait décidément pas aux lois du marché.

On nous enseignerait enfin d'une façon alerte et didactique le contenu de la Brique, Bible des Chicago Boys de Pinochet écrite par Milton Friedman, sa plaidoirie pour l'usage de la violence, ainsi que les ressorts plus profonds de la démocratie et du néo-libéralisme et de sa conception de la justice face aux fâcheux récalcitrants. 


vendredi 2 décembre 2016

Antitweet 93


La meilleure conseillère demeure l'expérience, mais les hommes sont peu sensibles à la litanie de ses suggestions. Et quand ils y sont enfin sensibles, c'est le temps qui leur manque pour les appliquer.

Etienne Milena ©

jeudi 1 décembre 2016

Antitweet 92



Perdre avec fracas, pour ne pas trancher avec les promesses de l'extérieur.


Etienne Milena ©

Antitweet 91


Le lien affectif est la seule chose qui reste gravée dans la chair. Les livres ne sont rien. Toutes ces pages inertes ou galopantes ne nient d'ailleurs pas leur condition précaire, inflammable, résiduelle.

Etienne Milena ©