dimanche 25 juin 2017

Vitamines

 
Jean-Michel Basquiat, Boy and Dog in a Johnnypump



"L’avantage non négligeable d’avoir beaucoup haï les hommes est d’en arriver à les supporter par épuisement de cette haine même."

Cioran, De l'inconvénient d'être né


"Accepter une croyance uniquement parce que c’est la coutume, - cela signifie au fond : être malhonnête, être lâche, être paresseux !- Ainsi la malhonnêteté, la lâcheté et la paresse constitueraient les bases de la moralité ?

Dans la glorification du « travail », dans les infatigables discours sur la « bénédiction du travail », je vois la même arrière-pensée que dans les louanges adressées aux actes impersonnels et utiles à tous : à savoir la peur de tout ce qui est individuel. Au fond, on sent aujourd’hui, à la vue du travail – on vise toujours sous ce nom le dur labeur du matin au soir -, qu’un tel travail constitue la meilleure des polices, qu’il tient chacun en bride et s’entend à entraver puissamment le développement de la raison, des désirs, du goût de l’indépendance. Car il consume une extraordinaire quantité de force nerveuse et la soustrait à la réflexion, à la méditation, à la rêverie, aux soucis, à l’amour et à la haine, il présente constamment à la vue un but mesquin et assure des satisfactions faciles et régulières. Ainsi une société où l’on travaille dur en permanence aura davantage de sécurité : et l’on adore aujourd’hui la sécurité comme la divinité suprême. – Et puis ! épouvante ! Le « travailleur » justement, est devenu dangereux ! Le monde fourmille d’« individus dangereux » ! Et derrière eux, le danger des dangers – l’individuum !

(Nietzsche, Aurore)



« Vouloir » quelque chose, « tendre » à quelque chose, avoir « un but », « un désir » en vue – je ne connais rien de tout cela par excellence. En cet instant même, je considère mon avenir – un vaste avenir – comme une mer étale : aucun vœu n’en vient rider la face de l’eau. Je ne veux pour rien au monde que les choses deviennent autres que ce qu’elles sont ; pour ma part, je ne veux pas devenir autre. Mais ainsi j’ai toujours vécu. Je n’ai jamais eu aucun désir."

(Ecce Homo)




Le meilleur auteur – Le meilleur auteur sera celui qui a honte d’être un homme de lettres.

(Humain, trop humain)


mardi 6 juin 2017

Antitweet 115



Symptôme - Lorsqu'une personne se vante de dire "ce qu'elle pense", comprendre qu'elle passe son temps à dire ce qu'elle ne prend jamais le temps de penser.

Etienne Milena ©

lundi 5 juin 2017

Petite parenthèse





Depuis quelques semaines, des vidéos tournent en boucle sur Internet. J'ai fini par être interloqué devant ces canulars que mes suppressions expédictives n'éliminaient jamais complètement. Comme si ces images étaient en train de ronger les nerfs de la Toile. Un jeune compatriote me signale qu'il s'agit du programme le plus regardé en France, animé par une espèce d'hindou coprophage, sorte de Mickaël Youn quarantenaire qui affuble une assemblée d'éboueurs du journalisme de blagues de son cru, aussi sales que ses acolytes, putains délaissées des autres programmes de télé-réalités et autres ordureries sans nom. Je constate que ce pauvre con ne sait pas construire une phrase sans éructer. La greffe d'un cerveau dans cette immonde boîte crânienne ne sauverait pourtant pas ce noir tableau. Il paraît que cela fait des années qu'un million de personnes se "retrouvent" dans ce farfadet purulent et en ont fait leur invincible gourou. 


Au même moment, j'apprends que l'Espagne se convertira en Sahara à la fin du siècle. Et que la vente des livres en France, a chuté cette année de 9%. Un livre ne sauve personne, mais ce genre de statistiques, donne des hauts-le-coeur. Il convient donc de s'orienter dans l'Espace de la gloutonnerie merdifiante et remercier (de façon pontifiante mais chaleureuse) les agents de l'effort commun, les lecteurs de tout bord, anonymes gardiens des travaux de l'âme.

vendredi 2 juin 2017

Composition


Willem de Kooning, Composition,  1955


"Chaque fois que l'on (que je) cède à ses vanités, chaque fois qu'on pense et vit pour "paraître", on trahit. À chaque fois, c'est toujours le grand malheur de vouloir paraître qui m'a diminué en face du vrai. Il n'est pas nécessaire de se livrer aux autres, mais seulement à ceux qu'on aime. Car alors ce n'est plus se livrer pour paraître mais seulement pour donner. Il y a beaucoup plus de force dans un homme qui ne paraît que lorsqu'il le faut. Aller jusqu'au bout, c'est savoir garder son secret. J'ai souffert d'être seul, mais pour avoir gardé mon secret, j'ai vaincu la souffrance d'être seul. Et aujourd'hui, je ne connais pas de plus grande gloire que de vivre seul et ignoré. Écrire, ma joie profonde ! Consentir au monde et au jouir - mais seulement dans le dénuement. Je ne serais pas digne d'aimer la nudité des plages si je ne savais demeurer nu devant moi-même. Pour la première fois, le sens du mot bonheur ne me paraît pas équivoque. Il est un peu le contraire de ce qu'on entend par l'ordinaire "je suis heureux".

Une certaine continuité dans le désespoir finit par engendrer la joie. Et les mêmes hommes, qui à San Francesco, vivent dans les fleurs rouges, ont dans leur cellule le crâne de mort qui nourrit leurs méditations, Florence à leur fenêtre et la mort sur la table. Pour moi, si je me sens à un tournant de ma vie, ce n'est pas à cause de ce que j'ai acquis, mais de ce que j'ai perdu. Je me sens des forces extrêmes et profondes. C'est grâce à elles que je dois vivre comme je l'entends. Si aujourd'hui me trouve loin de tout, c'est que je n'ai d'autre force que d'aimer et d'admirer. Vie au visage de larmes et de soleil, vie dans le sel et la pierre chaude, vie comme je l'aime et je l'entends, il me semble qu'à la caresser, toutes mes forces de désespoir et d'amour se conjugueront. Aujourd'hui n'est pas comme une halte entre oui et non. Mais il est oui et non. Non et révolte devant tout ce qui n'est pas les larmes et le soleil. Oui à ma vie dont je sens pour la première fois la promesse à venir. Une année brûlante et désordonnée qui se termine et l'Italie; l'incertain  de l'avenir, mais la liberté absolue à l'égard de mon passé et de moi-même. Là est ma pauvreté et ma richesse unique. C'est comme si je recommençais la patrie ; ni plus heureux ni plus malheureux. Mais avec la conscience de mes forces, le mépris de mes vanités, et cette fièvre, lucide, qui me presse en face de mon destin."


Albert Camus, Carnets I (15 septembre 1937)




"Tout ce à côté de quoi l'on passe ! Tout ce que l'on ne peut dire ! Que l'on n'a pas le temps de comprendre ! Pas les moyens de faire ! Les millions de vie que l'on pourrait vivre ! Voilà bien des lamentations fausses et inutiles. Je sais, pour ma part, que si je manque quelque chose ce sera de ma faute. Je puis tout découvrir, tout vivre, grâce au coeur, grâce à l'imagination, grâce à l'oeuvre. Pour qui est fort, courageux, inspiré, chaque heure est séculaire.
Je me sens une solide et sainte répugnance pour messieurs les "Trop tard".


Jean-René Huguenin, Journal (14 février 1956)

jeudi 1 juin 2017

Plaire


Moon-Woman, Jackson Pollock


Lorsque l'on entre dans ses différents réseaux sociaux, dont celui, plus animé et significatif, de l'extérieur de notre immeuble, de notre maison, nous ne sommes plus les seuls spectacteurs de nous-mêmes. Voilà pourquoi, un certain taux de seduction dicte le monde lorsque l'on s'extériorise un peu, même quand l'intérêt semble atténué par un certain sens du sacrifice. Même un moine shaolin cherche à se montrer séduisant devant Dieu, bien qu'il donne un nom différent au vide qui l'entoure. Les évangélistes des mégachurches tendent à ce Père absent leurs bras de bébés déchus, comme des aveugles en manque d'air, et les musulmans se font la toilette avant de se prosterner, dans une tradition sans doute héritée des maîtres-yogis, excellente pour les articulations.

Tout cela ne représente cependant pas une dilution totale de l'ego.

Il y a dans un coin de chaque être un Eyes Wide Shut. Un Orphée qui veut voir l'impossible. Cet angle mort qui est un angle de vie, puisqu'il préside à tous les actes, est à peine conceptualisable : il est pourtant l'unique objectivisation possible de soi-même. Il commande le ballet de l'existence, où son sordide jeu de dupes (suivant les perceptions de notre entendement si celui-ci est prédisposé aux joies ou au marasme). 

Plaire est le seul but recherché par la volonté quand les animaux sont domestiqués. Même les chats, si fourbes et solitaires, savent charmer plus que quiconque. Et l'animal le mieux domestiqué, l'homme, en a fait sa spécialité.

Le processus de séduction est frustré, quand l'angle mort devient une porte ouverte, l'unique voie choisie par l'existence sortie de l'ombre.

Je ne sais si tout cela plaira, puisque les robots sont dépourvus de cette impulsion vitale, eux qui sont majoritaires, lorsque l'on se met à parler de choses sérieuses.

Etienne Milena, le 1er juin 2017


mercredi 24 mai 2017

Sacrifice




"Mais la confusion de l'intelligence et de la bêtise, de la vulgarité et de la beauté est, justement dans ces époques-là, si grande, si inextricable, qu'il paraît évidemment plus simple à beaucoup de gens de croire à un mystère au nom duquel ils proclament la dégénérescence progressive et fatale de quelque chose qui échappe à tout jugement exact et se révèle d'une solennelle imprécision. Il est parfaitement indifférent, au fond, que ce quelque chose soit "la race", "le végétarisme" ou "l'âme"; la seule chose qui importe, comme dans tout pessimisme bien compris, c'est d'avoir trouvé l'élément inéluctable sur quoi se reposer. Walter lui-même, bien qu'en des années meilleures il eût encore su en rire, comprit bien vite, dès qu'il en eut fait l'essai, quels avantages considérables il retirerait de ces doctrines. C'est lui jusqu'alors qui se montrait incapable de travailler et se jugeait mauvais, c'était l'époque, maintenant, qui se révélait incapable, et lui qui se retrouvait sain. Sa vie, qui n'avait abouti à rien, trouvait soudain une explication grandiose, une justification à la mesure des siècles, ainsi que l'exigeait sa dignité ; bien plus ; lorsqu'il lâchait la plume ou le crayon, qu'il venait de prendre en main, c'était maintenant comme un sublime sacrifice."

Robert Musil, "L'homme sans qualités"

Antitweet 114





Improbité du pardon - Tout élan de vengeance est une marque d'impuissance. Mais, c'est porter les dernières estocades à l'idée de confiance, que d'accorder toujours son pardon.

Etienne Milena ©

lundi 22 mai 2017

Antitweet 113



Ce rêve d'influer sur les décisions des autres. Celui, non moins répandu, d'influer sur nos propres décisions.

Etienne Milena ©

Antitweet 112


Lorsqu'il est démuni, l'homme éveille l'intérêt de deux types de personnes : les médiocres, qui décèlent en lui l'occasion de se croire supérieurs et distincts par la raillerie ou la charité, et les âmes sensibles, qui le considèrent comme le reflet le plus profond de l'humaine condition, qui est aussi la leur.


Etienne Milena ©


Antitweet 111



L'idéologie est la gamelle des bêtes apprivoisées. 

Etienne Milena ©

mardi 9 mai 2017

Les mains d'or





Les Grecs se sauraient-ils douter qu'un jour leur démocratie se définirait par le choix à faire entre la tenancière d'un bordel et un affairiste cocaïné? Certes pas. Les habitants d'Ebla se doutaient-ils que leur bibliothèque serait le point de départ d'une civilisation de l'écrit que se terminerait à quelques kilomètres de là, dans les décombres d'une Alep survolée par des drones et autres oiseaux de l'Apocalypse? Je n'ai pas la réponse. Il ne reste plus qu'à cultiver l'anachronisme et la glande éclairée. 

On me traite d'analphabète politique pour ne pas daigner voter. On a raison.

Il y a en moi un lecteur de Miguel Hernández et un amateur de Lavilliers qui respecte le monde des usines et du fer forgé. Un être qui se plait à parler au agents de production les moins favorisés, qui montrent souvent une hauteur de vue et une bonté incomparable au reste de notre société de services.

Mais un autre, bien plus sceptique et froid, se déclare très souvent à moi et finit par faire capoter tous les plans d'envoûtements idéologiques qui feraient de moi le plus fervent des votants. Cet autre voit dans les syndicats et les cris prolétaires l'expression de pauvres bêtes prises au piège d'un système avilissant dont ils ne sauront jamais s'extirper. Il comprend mais n'adhère pas. Comment regretter en effet que la France se désindustrialise? Comment se plaindre des alternatives proposées? Et surtout, comment pardonner qu'une partie de ces personnes mécanisées votent pour une infâme rombière qui déshonore ce pays par ses ricanements putassiers et sa bêtise intrinsèque? 

La possibilité de ne rien faire, accompagné du RSA et d'une saine propension à l'errance dans les médiathèques ne vaut-il pas l'agglutinement délétère au sein des chaînes de montage pour des motifs de reproduction et d'ennui ? 

Choisissez mieux vos combats, camarades, car, je vous le dis, la possibilité vous est donnée de ne rien faire.

Antitweet 110



La lucididité reste le meilleur contraceptif.


Etienne Milena ©

vendredi 14 avril 2017

Connaître Humberto Ak'abal






"J'ai commencé à écrire quand mes cicatrices ont fleuri."

Humberto Ak'abal


Petite porte

Cette poésie est seulement 
une petite porte pour que,
si tu le veux, tu entres dans mon coeur;
où les mots ne sont plus nécessaires.

Ce rêve

J'ai rêvé que j'étais enterré
des branches se sont élevées depuis mon corps
je me suis rempli de feuilles,
les oiseaux chantaient sur mes bras;
mon coeur croissait sur l'arbre.


Attentif

Être attentif aux remous de l'eau
sans jamais se mettre dans le sens du courant


Les raisons

Ces poèmes n'ont pas été écrits
pour sauver quoi que ce soit
sinon pour 
ne pas tout oublier


Courage

Après cinquante ans,
je ne parviens pas à mesurer les forces de son courage.

Combien de fois l'ai-je vue triste,
cassée sous le poids du travail,
pleurant en silence,
souffrant en son intérieur.

Et aujourd'hui, comme si soudain
j'avais levé les yeux;
je vois ma mère
et je me rends compte 
que moi aussi
je commence à vieillir...


L'autre pont

Si mes chevaux parlaient
ils te raconteraient sans ambages,
mes peines, tristesses, trahisons,
mes jours et mes jours de désoeuvrement

Ils te raconteraient
cette longue nuit où 
je ressassai ce thème...

De cette matinée
où je me suis rendu sur le pont
saisi d'une pensée triste,
En voyant le vide, 
J'ai senti la peur, 
je suis revenu et j'ai découvert mes cheveux blancs...


Le ciel fermé

Ce jour-là 
les nuages fermèrent le ciel 
pas une goutte de soleil.

Une coulée de vent frais 
nous décoiffait l'âme

Chaque fois qu'un tel jour s'annonce,
Même les mots se rident 


Humberto Ak'abal, Cuando las piedras hablan


traduction Etienne Milena pour ces fragments

mardi 11 avril 2017

Presidenciales





La tentación se apoderado de uno, cuando piensa en la política, de alejarse y de construir una cabaña en un jardín para refugiarse en ella, como Cabeza-Cebolla, el personaje de Crumb que quiere cambiar el mundo con sus dos manos de pelagallos, y que finalmente, decide de no mover ni un dedo para enfocar su atención en el lento crecimiento de las zanahorias de su jardín, sin pensar en nada más que en la cosecha que se está preparando en solitario.

Sin embargo, sería un buen ejercicio condensar en un articulo en español la competición que tiene lugar en Gabacholandia a estas alturas de las elecciones.

Si debería dar una imagen acertada, diría que Francia, al igual que los otros países, funciona como una empresa cualquiera. Cada cinco año, la oligarquía elige un representante en marketing empleado para tranquilizar la población y los accionistas del Medef (el conjunto de las grandes empresas del país).

Este año, el elegido tiene como nombre el de un banquero de 39 años, Emmanuel Macron.

Frente a la amenaza que representa Marine Le Pen, que ha crecido de forma brutal desde los atentados (pero ya había empezado a crecer cuando simuló una riña con un padre demasiado extremista), Macron era un personaje que la prensa adulaba hasta la locura. Unos sondeos surrealistas le ponían en lo más alto cada día. Pero el tiempo ha pasado y el globo se ha deshinchado. Frédéric Lordon, el economista instigador del movimiento Nuit-Debout, denominaba a Macron "el tomate hidropónico", en referencia al su incapacidad a tocar el suelo, a juntarse y a escuchar a gente de clase más popular. De Macron, solo queda una imagen publicitaria con un eslogan prometedor ("Pensad "primavera"! En marcha!)  que ni siquiera los Guiñoles tuvieron que declinar en parodia... El caso Fillon, demasiado próximo a Putin y castigado como tal, no compensó este declive evidente.

Quien puede aprovecharse de esta situación? Jean-Luc Mélanchon. Este antiguo hijo espiritual de Mitterrand se prepara para lo impensable: acceder a la presidencia, pese al fiasco de la izquierda francesa, la más deshonrada de Europa si cabe. El representante de está, Hamon, sabe que no tiene ninguna posibilidad más adelante del puesto cinco. El mismo que el de Hollande si este se hubiera presentado. En un brote de lucidez, Hamon ya ha dicho que apoyaría a Mélanchon  en la segunda ronda, seguramente en vista de un puesto de ministro. 

Pero quien es Mélanchon ? Para un extranjero, es un desconocido. Para un francés, es un supuesto defensor del mundo obrero, pero con un discurso híbrido,  ya que apoyó con todo su corazón a Maastricht, formando parte desde unas décadas de la nomenclatura francesa. 


Dado que Le Pen va a arrasar el 28 de abril con un programa nacional-socialista, uno se puede preguntar cual sería la mejor alternativa. No creo que queden muchas y se puede intuir que los abstencionistas, al igual que Cabeza-Cebolla, llevan el razonamiento hacía la sabiduría,  limitando el campo de su acción política al dulce mirar de las zanahorias de sus huertos.

mardi 14 mars 2017

Omnis


Wszystko

Wszystko - 
słowo bezczelne i nadęte pychą.
Powinno być pisane w cudzysłowie.
Udaje, że niczego nie pomija,
że skupia, obejmuje, zawiera i ma.
A tymczasem jest tylko
strzępkiem zawieruchy.


Wislawa Szymborska


Tout

Tout -
mot insolent et gonflé d'orgueil.
Il faudrait l'écrire entre guillemets.
Il fait semblant que rien ne lui échappe,
qu'il réunie, embrasse, recueille et possède.
Mais il n'est rien de plus
qu'un fragment du chaos.

Wislawa Szymborska

(traduction Etienne Milena)

mercredi 22 février 2017

De la Bande-Dessinée

Kongo, de Tom Tirabosco

À l'aube de l'an 2000, mon professeur de philosophie me haissait. À sa décharge, je n'étais pas un bon élève.

Le goût du dessin et du basket-ball avaient eu raison de ses listes de concepts-clés. Et j'avais repéré au bout de quelques semaines le caractère artificieux des photocopies de M. Charmil.

Ce dernier pompait allègrement l'Abrégé de Philosophie de Jacqueline Russ, dont il changeait quelques phrases, qu'il nous marmittait en des dossiers présentés comme étant de son fait. Le reste de la classe était un monologue où quantité de lèches-culs prêts à occuper des postes dans un futur immédiat lui passaient sa pommade idéologique, très idéaliste sur le fond. Je ne savais pas pourquoi l'on m'avait mis dans cette classe, la meilleure du lycée. En esprit écolo insufflé par une éducation libérale post-Freinet, je pris M. Charmil à part, au bout de deux semaines, sans néanmoins faire le malin, lui suggérant que nous pouvions nous éviter cette surabondance de papier en nous coltinant tout simplement le bouquin de la Mère Jacqueline dans le texte. Il reçut ma proposition comme une marque d'insolence et, comme disent les espagnols, dans une expression délicieuse, il me la garda pour le reste de l'année, évoquant un avenir déplorable pour des êtres de mon genre.

Nous fûmes donc couverts de photocopies au kilogramme, où d'ailleurs, Schopenhauer et Nietzsche étaient relegués au rang de pitres secondaires au profit de Sartre et de Jankélévitch dont notre guide prétendait déchiffrer l'essence dans de rigoureuses revues.

J'en viens à ce que je voulais dire.

M. Charmil, parmi ses aversions, avait celle de la Bande-dessinée. Il me savait plutôt respectueux du 9e art et mon insolence jacquelinienne avait gonflé cette aversion en des proportions inégalées. S'il eût eu l'aval de l'administration du lycée, nul doute qu'il n'eût pas hésité à me cracher à la gueule, au grand dam de mes amis Pif et Hercule.

Je lui avais dit que la BD offrait certainement une bonne proportion de soupe, qu'elle constituait un aliment pour des masses affamées de mièvreries, mais que nous pouvions faire le même procès à la littérature contemporaine, dont la majorité pouvait être assimilée au Néant qu'il prétendait dénoncer. Et que s'il fallait choisir une autofiction sur des vacances ou des baises inédites, je jetais mon dévolu sur Pauline à la plage ou les vacances de M. Hulot plutôt que sur les conneries parisiennes éditées pour une bien plate minorité.


Aujourd'hui, je perçois la BD telle qu'elle est devenue au yeux de la majorité. Un art vif, certes méprisé par ceux qui l'ignorent le plus (à ce titre on peut la comparer au "hip-hop" et à ses pourfendeurs qui rejettent de cette façon une tradition allant de Rutebeuf à Céline), mais un art qui unit tous les autres. Et chaque fois que j'ouvre un roman graphique de qualité, des tableaux expressionistes du remarquable Sekulic aux aventures conradiennes de Kongo, je pense aux tas de photocopies et aux sarcasmes de M. Charmil, qui, malgré ces soubresauts de ma mémoire, n'auront pas su resister à l'épreuve du temps.

dimanche 19 février 2017

Antitweet 109



Le goût de la lecture se consolide dans les trente-cinq premières années de l'enfance.

Etienne Milena ©

Slow





"J'ai trouvé la force de prendre mon temps."

Claude Lanzmann, Le lièvre de Patagonie

"I always liked it slow, that's what my mama said"

Leonard Cohen, Slow



Praga Magica





Au temps de la Guerre de Trente ans (1618-1648), les mercenaires de tous bords lavoravano pour différentes armées. La quantité de nationalités formait un incroyable gurruño en el cual no se podía distinguir uno del otro en el amontonamiento de cadáveres dejados on the road. Al final de este guerra, se puede decir que se fabricó la concepción moderna del Estado. An historic breakthrough (or a real decline) which turned out to be in revocabilis. Non posso scrivere di alter modo because it springs out of my mind and I couldn't care less if you don't get it, unknown fellows. But let's try to schreiben richtig in a verständliche way... 

Le livre que j'ai depuis quelques semaines entre les mains, que je lis à petites doses comme on déguste un bon vin, s'appelle Praga Magica. Il s'agit d'une déambulation onirique dans les rues de la cité vlatvienne, par un Des Esseintes revigoré, amoureux éperdu de ce lieu de bric et de broc où il prétend avoir vécu des vies antérieures. Praga Magica n'est en rien un Lonely Planet aux remous littéraires, ni une collection de clichés frelâtés pour voyageurs intrépides, mais une aventure de l'esprit chargé de recréer une ville, du cimetière de Josefov à ses gargottes sordides, en passant par son Château hanté par les fantomes de l'histoire et ses arpenteurs, par des brigands et nécromanciens de la cour de Rodolphe II et autres charlatans. L'auteur ne se contente pas de rendre visible l'invisible (je ne me réfère pas ici à Paul Klee et sa visibilité de l'art mais aux cités d'Italo Calvino, ami intime de l'auteur de Praga Magica). Il écrit une oeuvre qui s'abreuve d'un elixir de longue vie, qui tourne à l'envers du temps réel, comme dans Alcools d'Apollinaire:

« Les aiguilles de l’horloge du quartier juif (qui) vont à rebours
Et tu recules aussi dans la vie lentement... » 

Ripellino, cet auteur méconnu, perce le silence de sa mémoire dans un style généreux, comme un mioche rêveur en proie à l'insomnie venu farfouiller dans des vieux cartons. C'est son propre cabinet de curiosités qu'il fait visiter aux lecteurs en faisant la liste de celui de Rodolphe II, empereur neurasthénique et débauché. C'est sa propre collection de forfaits qu'il énonce sans honte, conscient que l'obscurité des taudis et de ses golems monstrueux donnera à chacun l'opportunité de s'esclaffer ou de frissonner.

Praga Magica est une façon de voyager et de s'entendre enfin sur ce qu'est la grande littérature. On reprend ce livre où on l'avait posé, et un curieux entomologiste nous parle :

"Mais revenons aux Capek. La futilité et les divagations amoureuses des galants papillons, l'avarice des scarabées qui amassent en boule des immondices, la goinfrerie, l'égoïsme cruel des grillons, des mantes, des ichneumons qui se dévorent les uns les autres, l'impitoyable taylorisme de la fourmilière-usine et la guerre cruelle entre deux factions de fourmis, chacune conduite par un dictateur qui se considère comme l'élu: ce grouillement brueghélien de "proverbes flamands", ces illustrations pour un Buffon devenu moraliste constituent une sorte de stimulant pour le commentaire de notre "Tulák", lequel, posté dans un angle de la scène, autrement dit en marge, observe et juge en dévidant une suite de sentences flegmatiques, incapable qu'il est, en bonne créature pragoise, de changer quoique ce soit à cette misérable empoignade, d'autant plus monstrueuse que les bestioles sont minuscules."

Dans l'énumération érudite qui éclate à certaines pages, on ne décèle aucune propension fumarolienne (cf. l'édifiante préface de À Rebours) à l'étalage nauséeux (comme si un nom d'auteur était un pin's ou un macaron), mais un goût pour la Kunstkammer cité plus haut, qui laisse une impression de vertige et donne envie de se perdre dans les méandres d'une ville réinventée.

Etienne Milena, le 19 février 2017


mercredi 25 janvier 2017

Antitweet 108



Upanishads - Un dieu n'est jamais plus digne d'intérêt que lorsqu'il oublie son texte, laissant les incollables sur leur faim.


Etienne Milena ©

mardi 24 janvier 2017

Dear Emily



There is no Frigate like a Book
To take us Lands away
Not any Coursers like a Page
Of prancing Poetry - 
This Travel may the poorest take
Without offense of Toll - 
How frugal is the Chariot
That bears the Human Soul -

Emily Dickinson, Poem 1286


No hay Fragata como un Libro
Para llevarnos a Tierras Lejanas
Ni Corceles como una Página
De trenzada Poesía -
Este viaje lo puede hacer el más pobre
Sin agravio de Tributo -
Qué frugal es la Carroza
Que lleva al Alma Humana -


Il n'existe aucune Frégate telle qu'un Livre
Pour nous mener vers des Terres Lointaines
Aucun Cheval aussi fougueux qu'une Page
De Poésie entrelacée -
À ce voyage le plus pauvre peut être convié
Sans être redevable du moindre Tribut -
Quelle frugalité que celle du Chariot
qui mène à l'Âme Humaine -


(Traduction Etienne Milena pour l'espagnol et le français)


samedi 21 janvier 2017

Salvador Paniker






Hier G. m'a invité à un mosto. Pris de tremblements, il s'est mis à maugréer dans sa barbe des mots en basque, l'oeil torve, dodelinant du chef. Il m'a alors dit que Rejon et Iglesias se trouvaient dans une phase délicate. Que cela tournait au vinaigre. Je lui ai dit que cela s'appelait le bicéphalisme désaccordé et qu'il ne fallait rien attendre de bon de ces tergiversations entre frères siamois fâchés. "Tu parles de notre amitié?" me demanda-t-il. "Non, rétorquai-je, de Rejon et Iglesias. Ils ne font plus que se taper dans la figure". Il m'a alors encouragé à exprimer ouvertement mon avis. Mon avis. Sur Podemos? Oui sur Podemos. Eh bien, politiquement lui dis-je, puisque l'avarice intellectuelle ne prête rien, hormis des intentions, je sais qu'il ne sert à rien d'énoncer quoique ce soit, les autres s'arrangeant toujours pour vous tailler le portrait d'une façon qui les arrange bien. Et pour Podemos, je n'en pense rien de plus que la moyenne nationale. Selon l'intellectuel Amoros, consultable sur le site de S.Zagdanski, Podemos exprime le cri d'alerte de la classe petite-bourgeoise en manque de pouvoir d'achat. Bertrand Russell voyait dans certaines réactions face à l'injustice sociale les marques de la plus déplorable envie. Pour ma part, j'ai toujours souhaité le meilleur pour tout le monde, par pur égoïsme, puisque les gens réalisés sont souvent moins méchants que le reste et présentent une menace moins forte pour l'équilibre général. Il y aurait donc un compromis à trouver entre l'affaiblissement de notre empreinte écologique globale et une compensation matérielle aux classes défavorisées, qui devraient pouvoir, par exemple, après une année d'esclavage et de divertissement, se nourrir correctement et partir en vacances un bon mois loin des cités comme l'infante et Urdangarin. 

Pourquoi ne pas exproprier pour quelques semaines les résidences secondaires des classes dominantes, et offrir des vacances dignes de ce nom aux plus désargentés, au ski ou affalés sur les plages comme tout un chacun? Mais cher G, tu sais comme moi que les prolétaires sont en voie d'extinction. Cela ne marche plus. Délocalisés, atomisés, subjugués par la classe moyenne  par laquelle ils ont fini par être absorbés depuis deux décennies. Les derniers ouvriers qui restent en Espagne, plus qu'en France, sont d'ailleurs plutôt anti-communistes. Ils dédient le gros de leurs économies à suivre leurs équipes de branques jusqu'au Khazakstan. Les propos les plus durs que j'ai pu entendre concernant ton parti, qui d'ailleurs n'est en rien communiste, furent exprimés par des banquiers adipeux ou d'irréductibles prolétaires du pays, sur des chantiers aux abois. Je te rappelle que ceux qui plébiscitèrent Hitler en masse étaient issus des usines.


Enfin, je m'en fus à mon doux chez-moi où m'attendait un cocido madrileño de primera. Doppo ho fatto un pisolino e ho letto un libro davvero interessante chiamato Asimetrias. I hardly know how to define the author who is more an essayist than a philosopher. To me, Salvador Paniker est incontestablement un auteur wirklich capital. L'auteur se définit comme un agnostique mystique, à la différence de son frère, Raimundo, moine débonnaire et érudit qui fut un intellectuel un temps membre de l'Opus Déi. L'oeuvre de Paniker est protéiforme, mais elle tisse sa trame à partir d'un Journal de bord de grand intérêt, d'une rare clarté de vue. Son style doit beaucoup à Josep Pla, un écrivain catalan qui eu une influence immense sur quantité d'écrivains et de philosophes hispaniques, tels que Rubert de Ventós, Luis Racionero (ami de Sollers et d'Aznar, cet ancien hyppie dévergondé a écrit de bien belles choses sur les philosophies orientales et un journal fort instructif sur notre époque). Le style de Pla est simple, sans aucune fioriture. L'auteur du Cuaderno Gris écrivait sur sa campagne environnante, sur son travail de journaliste ou sur ses lectures de l'Ulysse de Joyce. Paniker, lui, centre son propos sur les Upanishads, le Mahabarata (grand comme quinze bibles) la neuro-science. Il ne renie pas l'idée d'aider son lecteur, ce qui pourrait le faire condamner par tout un chacun et le hisser au rang des gourous déliquescents de notre temps. Mais ce serait se priver du plaisir de lire l'oeuvre d'un esprit lucide et fécond, que de l'écarter de sa bibliothèque pour si peu.

mardi 17 janvier 2017

Antitweet 107




Éthique a minima - Que la mort vienne nous cueillir vivants, par-delà les enfumages de la Raison, et n'y penser que les jours de grippe.


Etienne Milena ©

Antitweet 106



Pragmatisme éditorial - Les rubriques nécrologiques des journaux seraient trop courtes si elles s'en tenaient à faire la liste des personnes que la mort est venue chercher vivantes.

Etienne Milena ©

lundi 16 janvier 2017

Antitweet 105


On peut évaluer la taille d'un homme à celle des ennemis qu'il se choisit.

Etienne Milena ©

jeudi 12 janvier 2017

Antitweet 103



Éclaircie - Se trouver au plus bas de soi-même empêche d'être rabaissé.


Etienne Milena ©

Antitweet 102


Échelle humaine - Le monde taille trop grand au raciste.


Etienne Milena ©

dimanche 8 janvier 2017

Take away



Como no la veíamos tanto (eufemismo), hemos pedido a Vodafone cortarnos la televisión hace una semana. Habíamos pedido a esta corporación inglesa internacionalizada volver a ponernos la única cadena valiosa, Arte. En vez de eso, nos pusieron, los muy cabrones, una cadena porno con pelis muy mal dobladas. Había que elegir entre las versiones francesa y española. Las actrices tenían este acento del Québec que odio: recuerdó los temibles cantos de Linda Lemay chupando Roberto Charlebois (Carlos Madero en castellano). En cuanto a la versión española, eran seguramente unos actores de Puerto Rico ya que hacían cantar sus palabras, incluso con la boca llena. Parecía una telenovela con culos al aire y pechos hinchados. Unos globos listos para la gira al mundo de la idiotez universal. La última vez vinieron a casa mis sobrinos, y uno de ellos puso la 33 que retransmitía una deep-throat con ruidos de cerdos devorando bellotas, lo que me indignó bastante, por no hablar de los padres subyugados delante de esta cantidad de foutre desperdiciado. En fin, pedimos a Vodafone quitar la 33, y las 150 otras cadenas también. Y mi familia adoptiva ya no viene a casa.


I was pretty upset about this sad situation. I decided to read the Shakespeare's Sonnets which deal with that kind of issues. Après tout la vie, c'est passer du mou au dur, jusqu'au mou définitif- If I had to take away some book to an island, I think that would be the Complete and bilingual masterpieces of Shakespeare. I noticed something interesting about the best books. A great book implies an idea of mistery. That is precisely why I blame french litterature for. Shakespeare uses more than 20000 words (inventing 3000 of them) while Racine uses a less extended vocabulary (5000 words). But it'snot the point. Shakespeare writes on a celtic background, genuinely with an inborn sense of chiaroscuro. Racine is a monster, don't misunderstand me. But Shakespeare goes further in his struggle against commonplaces and preset forms. He chases away the limits of consciousness and unconsciousness, of darkness and light. His playful tendancy for alliterations remains me the best elements of modern hip-hop. Above all, Shakespeare should be known and remained as the most perfect musician. 

mercredi 4 janvier 2017

Antitweet 101




Chaque courant de pensée est un ventriloque à qui l'on peut faire dire ce que l'on veut, a plus forte raison si nous n'en sortons pas contredits.

Etienne Milena ©

Antitweet 100



On écrit pour dresser le bilan de ce qu'on lit, puis on lit pour dresser le bilan de ce que l'on écrit. Le premier lecteur possède moins d'a priori que le second, qui s'est trouvé en cours de route, et ne compte pas se délester d'une si bonne compagnie aux profit d'autres moins réconfortantes.

Etienne Milena ©